Saint-Michel, tu as misé dans le mille avec ce bel exercice de numérologie: il suffisait de peu de choses pour démontrer l’irrémédiable, le prévisible, l’inéluctable, et autres synonymes (quoique les synonymes sont un leurre langagier: une nuance, toute ténue soit-elle, marque une différence entre les mots) à propos. Et cependant, quel brio! Je te savais apôtre de faits triviaux et partisan de chiffres qui n’ont aucune incidence sur nos vies, et voilà que tu t’es trouvé une nouvelle vocation. De vulgarisateur pour les irréductibles partisans, de sauveur pour les sceptiques impies. Voilà, ce devait être dit.
Marre, j’en avais marre de lire des éditoriaux (peut-on écrire un éditorial si on n’est qu’un “journaliste” sportif, ou est-ce un terme réserver aux chroniques des vrais journalistes?) qui conféraient un avantage aux Bruins. Diâble, peut-on m’expliquer deux choses: d’un, comment les Bruins pouvaient-ils avoir quelque avantage sur le Canadien (après tout, on est en 2008); de deux, comment peut-on jouir d’un avantage alors que le match n’est pas commencé. Car, en effet, dois-je vous rappeler qu’avant que le match ne commence, le pointage était bien de 0-0. M. Farber, de Sports Illustrated, allait même jusqu’à avancer que les Bruins étaient en avance, 3-3. Je ne sais pas si les 536 existent aux États-Unis… Aussi, j’aimerais m’avancer plus avant sur ce phénomène de l’avantage, procédé subjectif et souvent énoncé à la hâte pour se donner des airs avec des constats impérieux. Combien de fois entend-on, au cours d’un match dont le pointage est égal (0-0, 1-1, 2-2, 3-3, 4-4, 5-5, etc.), que telle ou telle équipe a l’avantage sur l’autre? Non! Le pointage est égal. L’engeance humaine est-elle à ce point narcissique qu’elle se croit autorisée de passer outre l’inattaquable vérité des chiffres? Toute cette démonstration est de toute façon inutile, car il suffisait d’être devant un téléviseur hier soir pour savoir que les Bruins n’avaient pas, n’avaient jamais eu, et n’auraient jamais l’avantage sur nos Glorieux. Quel programme de démolition!
Puisque nous y sommes, je profite de ce charmant Soleil Canadien et du lit de verdure depuis lequel je vous écris, bien sur mon cul, pour tâter les quelques heures qui nous séparent de la prochaine ronde. Plusieurs affirment qu’il serait préférable d’affronter les Flyers (à raison de 84% d’après le scientifique sondage de rds.ca), peut-être par appréhension de l’exaltation que procurerait l’époumonage conséquent à la présence de Brière, le traître nouveau; peut-être est-ce aussi pour n’avoir pas à affronter un de nos démons, les Rangers, qui sont impitoyables au point de battre nos Amours même quand la moitié de l’équipe a la gastro, souvenons-nous. Je m’en remets à Michel pour établir une allégorie numérique établissant les réels enjeux que nous proposerons les prochains adversaires. Voici quelques réflexions qui introduisent un peu les deux équipes:
- Les Rangers sont menés par Jagr, qui n’est pas sans rappeler (feu) Z-deno Char(i)a, à savoir : grand et Tchèque. Il serait donc une cible choisie pour le CH, comme le confirme le dicton: Il faut battre le Tchèque tandis qu’il est chaud.
- Les cerbères québécois font la vie dure au Canadien. Thibault, Denis, Sabourin et Leclaire, pour ne nommer que les moins bons, ont blanchi le Canadien cette saison. Peut-être serait-il risqué d’affronter Martin, le sympathique Biron. Aussi, huer Brière peut s’avérer agréable, mais encore faudrait-il l’empêcher de marquer: le néo-traître à la voix de stentor serait certainement l’élu de madame conne Smythe si elle devait choisir demain son héros.
- Canadien n’aligne plus Benoît Brunet, mais il peut encore être fragile, comme l’ont démontré plusieurs chevilles en fin de saison. Il serait peut-être risqué d’affronter les Flyers, guillotineurs comme à leurs plus beaux jours, où il fallait réunir une ligne entière pour dénombrer une dentition complète. Quant à eux, les Rangers sont inoffensifs, réunissant un grand nombre d’européens avec des visières.
- Enfin, il serait excitant – et je ne doute pas que les journalistes feraient de ce suspense un sujet de prédilection, jour après jour après jour – de voir la rivalité qui ne tarderait pas à s’établir entre Price notre Héros et Avery le raciste. Aussi pourrions-nous, au terme de chaque match, poser la grande Question: Price serra-t-il la main de Avery au terme de la série?
Voilà quelques a priori, qui jette une lumière blafarde sur ce qui risque d’être un autre bon moment de hockey. Cependant, peu importe l’adversaire que Canadien devra vaincre, je n’ai aucun doute que la Sainte-Flanelle amorcera la série avec un avantage sur celui-ci.
Merci d’avoir eu le guts de jeter autant de temps aux oubliettes, je m’en rappellerai.
Yan-Yan


