Un peu de fiel sur vos toasts?
La question de rds.ca aujourd’hui : « Avez-vous pardonné à Daniel Brière d’avoir préféré l’offre des Flyers à celle du CH? » Est-ce seulement moi ou les instances chrétiennes ont changé leurs édits, arpentant désormais les chroniques sportives de leurs préceptes moraux menacés par les péchés? Je veux dire : depuis quand Brière était-il tenu de signer avec le CH, et qui sommes-nous, vulgaires partisans brûleurs de chars de police, pour décider de la vie d’un individu à qui nous n’avons jamais parlé? Déçu, ça, c’est tout à fait légitime, Brière est un excellent joueur et l’avoir parmi nous eut été un cadeau. Un cadeau, justement. J’aimerais qu’on m’explique tout ce nationalisme patriotique, où la vie d’un individu nous revient de droit de par sa nationalité, identique à la nôtre. Jouer pour Canadien, c’est le rêve de plusieurs Québécois, certes, mais pas de tous.
Nous sommes les premiers à chérir nos Kovalev, Kostitsyn, Koivu, Markov et cie. Or, tous ces joueurs ont quitté leur patrie respective pour venir jouer pour Canadien. Doivent-ils être conspué par leurs compatriotes pour autant? Sont-ils tout autant de traître à la patrie, pour le simple fait d’avoir préféré Canadien – et incidemment la LNH – aux équipes qui évoluent dans leur pays, devant leurs partisans compatriotes? Je suis là, oui, vous me voyez, béat d’interrogations. Et je me demande quel part du blâme portent les chroniqueurs sportifs en regard de la pinata Brière. C’est que les gérants d’estrade de la tee-vi étaient nombreux, avant le premier match de Brière à Montréal cette saison, à se demander, à haute voix et devant des milliers de téléspectateurs, si les partisans allaient huer ou non Brière. Je reconnais qu’il n’y a rien là qui puisse manquer de respect à M. Brière, mais il ne serait pas étonnant que cette assertion, souvent répétée, ait pu influencer les cris injurieux, huées et autres calomnies qui accueilleraient plus tard notre gaillard de même pas 6 pieds.
Le cas Ryan Smyth
Il me semble que les amateurs de Canadien pourraient se reporter à l’attitude des partisans des Oilers vis-à-vis Smyth pour repenser celle qu’ils adoptent envers Brière. Faut-il rappeler les faits? Ryan Smyth, né en Alberta (Banff), a été repêché par les Oilers en 1994 (6e au total), et a donné à cette équipe toutes ses tripes jusqu’en 2007 (alors complètement éviscéré). Accusant un retard dans les négociations pour le renouvellement de son contrat, Kevin Lowe, le directeur général de l’équipe, l’a échangé à Long Island, causant ainsi une commotion à Edmonton. Smyth a pris l’avion en larmes, et les partisans l’ont vu partir, tout aussi tristes, espérant qu’il reviendrait se vider le corps pour eux à la fin de la saison. C’est que Smyth devenait joueur autonome (comme Brière, tiens), et était libre de revenir jouer pour Edmonton. Tout le monde l’aimait en cette ville, il y avait élevé ses enfants et tout et tout. Or, le bonhomme a choisi le Colorado, allez savoir pourquoi : l’appât du gain? Un meilleur salaire? Allez savoir. Il n’est pas retourné à Edmonton : second coup de théâtre. Consternation chez les partisans de Edmonton. Certains pourraient avancer : trahison.
Le 23 octobre, Smyth affronte les Oilers, cette fois portant l’uniforme adverse. Il aurait pu être hué, comme Brière à Montréal. Après tout, il avait plusieurs raisons de signer à Edmonton : toute sa vie il s’y était donné, à cette ville. Plutôt : on l’honore. L’organisation lui prépare même un hommage d’une minute, qui précède le match. Smyth est en larmes (bis), tandis que la foule lui offre une ovation debout (je vous invite à aller voir le tout, un peu kitsch mais plein de bonnes intentions : http://fr.youtube.com/results?search_query=ryan+smyth+back+in+edmonton&search_type=&aq=f).
Allez savoir. De toute façon, je dois être fou : un sondage Sports Illustrated a démontré que Montréal avait les meilleurs partisans de hockey. Allez savoir, je vous dis.
Pour en finir avec les platitudes
Euh, je ne sais pas, pourquoi pas un bijou de notre cher Renaud Lavoie : « Qui sème le vent récolte la pluie. » Vraiment, je serais curieux de l’entendre vulgariser le cycle de l’eau, notre tellement pluggé Renaud…
Parlant de flore, saviez-vous que l’étymologie de Brière était : lieu où pousse la bruyère. Quant au verbe « huer », il signifiait (1174-1200) « crier pour faire sortir le gibier ». Je ne sais pas si vous y voyez des liens, mais moi, j’en vois plein!
Bon match ce soir!
Yan-Yan, heureux et serein dans le fond