C’est pas toujours facile, oh non. L’humilité, je veux dire. Le désir de vouloir créer, de s’approprier un événement et de vouloir le faire sien. Il est bon de sentir que nous ne sommes pas seul, mais il est si glorieux de sentir que nous détenons un angle nouveau, que nous avons compris quelque chose de neuf, que nous avons pensé à quelque chose qui n’existait pas. Bien sûr, je parle de Canadien. Comme d’habitude, et comme tout le monde. Et tandis que DBBDLP nait d’un désir de faire les choses autrement – Legault ne l’aurait pas dit autrement, simplement avec moins d’honnêteté –, il n’est pas toujours facile d’inventer sur Canadien. Que voulez-vous, les individus qui constituent Canadien sont, à l’instar des pauvres brebis égarés que nous sommes, des êtres limités. J’en prends pour preuve Jacques Martin, qui se vantait d’être complètement déconnecté du monde : « Je ne m’intéresse pas à ce qu’on raconte dans les médias. Je ne regarde pas la télévision et je ne lis pas les journaux. » Non, avec Canadien, on ne réinvente pas la roue.
Sauf qu’on peut joindre des voix trop souvent tues. Des voix qui ne réclament pas la tête de Martin, ni celle de Gauthier, ni la bière de Molson. On peut ne pas paniquer devant un mauvais début de saison. Devant, devrais-je dire, une fiche peu reluisante, malgré plusieurs aspects positifs.
Y’a que Canadien ne joue pas mal. Pas du tout. Canadien fait des bourdes défensives auxquelles nous ne sommes pas habitués, c’est vrai. Mais à 5 contre 5, Canadien a 14 buts pour contre 14 buts contre (remarquez la savante redondance des termes). Ce sont plutôt les unités spéciales qui gâchent la patente. À -8 à inégalité numérique, Canadien croupit à l’avant-dernier rang en avantage numérique, et au 20e rang en désavantage numérique. Justement, le manitou de l’avantage numérique, Kirk Muller, n’est plus avec l’équipe. On peut penser que Cunneyworth le remplacera adéquatement, mais on peut comprendre une certaine période d’adaptation. Or, qu’est-ce que l’état major Canadien a fait devant la crise? Il a congédié Perry Pearns.
J’allais vous parler aujourd’hui de l’importance des assistants-entraîneurs, et voilà qu’on en congédie un. Rien ne se perd, rien ne se crée, vous disais-je. Le départ de Pearns ne règle rien, mais il démontre ce que je voulais démontrer : le système de Canadien n’est pas défaillant, mais les unités spéciales méritent une attention particulière. Le départ de Pearns s’inscrit dans cette pensée. Il ne règle pas tout, mais il démontre la bonne gérance de Canadien : on ne part pas en peur comme trop d’exprès sportifs, on pense aux détails qui feront de Canadien une équipe gagnante.
À nouveau, donc, j’en appelle aux détracteurs de Canadien : que sont six défaites de suite dans une saison de 82 matchs? Une mauvaise séquence. Elle serait survenue plus tard que jamais nous n’aurions réclamé la tête de quiconque. Depuis qu’il est à la tête de Canadien, Martin a démontré que son système était plate mais efficace. Pour reprendre un cliché, les joueurs ont acheté son système. Vraiment. Ce n’est pas le temps de le renvoyer, au contraire. Un peu d’espoir, juste un brin, svp.
La prochaine fois, si la grogne continue, nous ferons une corrélation entre les gens qui réclament la tête de Martin et la croissance impressionnante des divorces au Québec. Du rigoureux journalisme, promis.
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